A NOUS PARIS

 

PUBLIC EMBALLE ! 


Il est des artistes hors norme, irréductibles à toute famille de pensée. Immo est de ceux-là : impossible à saisir. Voyez plutôt : venu de Hambourg, ce grand échalas blond n'hésite pas à se glisser dans la peau d'un steward expliquant des mesures de sécurité à un publique de théâtre, à faire virevolter des torches perché sur un monocycle de deux mètres, à fracasser la montre d'un spectateur sous les yeux ébaubis de celui-ci, à jongler avec trois balles de ping-pong dans la bouche, jouer du saxo, du tambour, de l'accordéon mais aussi de l'harmonica... par le nez ! Jongleur, magicien, musicien, comédien, chanteur et que sais-je encore, ce véritable amuseur publique (formé à la rue et aux cours d'expression dramatique de Jacques Lecoq) musarde à travers des territoires sans frontières entre cabaret, musique-hall et one-man-show. Sponsorisé par une marque de pommes de terre génétique (c'était ça ou la Mairie de Toulon !), notre touche-à-tout polyglotte - il jongle aussi avec l'anglais, l'allemand, l'espagnol et le français - nous convie à une sorte de veillée fraternelle où il entrouvre sa malle à souvenirs. Les amateurs d'effets de manche, de facilités racoleuses, passeront leur chemin : le bonhomme n'est pas du genre à ramener sa science. Son truc ? La fantaisie bouffonne, populaire, celle que l'on pratique sur des pistes de cirque ou sur le macadam. Et c'est là que réside tout le charme de ce drôle de spectacle co-écrit et mis en scène par Joan Bellviure : textes réduits à l'essentiel (tout se dit et se vit par les images), farces sonnant comme des facéties légères, alacrité tonique et musicale, connivence immédiate avec le publique. Immo possède cette fraîcheur mutine qui lui permet d'aller implicitement au plus profond des choses tout en paraissant les effleurer. Derrière les rires percent alors des histoires qui portent en elles tout le fracas de notre époque (obsessions, peurs, rêves et tutti quanti). Captivé, le public se laisse porter par cette heureuse confusion, prêt à entonner la 9ème de Beethoven (si ! si !) et à le suivre dans ses délires les plus déjantés. Normal : ce saltimbanque, qui accroche aussi bien les rires des enfants que ceux des parents, passe des tréteaux de foire à l'émotion avec une jubilation contagieuse. Un bien fait pour un bien fou.

Myriem HADJOUI

30 octobre 2000